Entre extension et relocalisation, le Val d’Essonne fait-il le bon pari ?

À Ballancourt et Mennecy, des zones d’activités qui s’étirent et se transforment

À Ballancourt-sur-Essonne, depuis le printemps 2024, des engins s’activent sur le chantier d’agrandissement de la zone d’activités de Montvrain 2. Objectif affiché : ouvrir 10 hectares supplémentaires à de nouvelles entreprises dès 2025. Quelques kilomètres plus loin, à Mennecy, l’ex-zone industrielle de la Pointe Saint-James vit une renaissance : locaux transformés, foncier redécoupé, signalétique modernisée. Réhabiliter et densifier, plutôt qu’artificialiser d’avantage : ici, le pari est différent.

Que choisir pour renforcer l’économie locale : aider les entreprises à s’étendre, ou attirer celles qui choisiraient de se relocaliser, qu’elles soient du territoire ou revenues d’ailleurs ? Un dilemme partagé par de nombreuses intercommunalités de la grande couronne parisienne, où foncier, emploi et gouvernance locale s’entremêlent.

Quels leviers pour le développement économique local ?

Extension ou relocalisation, la question se pose de façon récurrente dans le sud de l’Essonne, tant pour dynamiser que pour structurer l’offre en emplois et services.

Extension des zones d’activités : créer de l’espace, mais pour quel usage ?

  • Accueillir de nouvelles entreprises : Entre 2017 et 2022, la Communauté de Communes du Val d’Essonne (CCVE) a enregistré la création de plus de 1 000 établissements (source : INSEE, “Répertoire des entreprises par commune”). L’extension des zones permet de répondre aux besoins croissants d’attractivité du territoire.
  • Adapter l’offre immobilière : De nombreux artisans ou PME locales réclament des locaux plus grands ou mieux adaptés (entrepôts, ateliers, bureaux). L’enquête menée par Essonne Développement en 2022 montre que 42% des entreprises interrogées envisagent un projet d’agrandissement d’ici 3 ans.
  • Limiter la fuite vers les pôles voisins : Sans solution locale, certaines entreprises partent vers les agglomérations munies de parcs plus vastes, à l’image de l’agglomération Grand Paris Sud, aux portes de Corbeil-Essonnes.

Mais l’artificialisation des sols, la rareté du foncier constructible et la pression des nouvelles normes environnementales (loi Climat et Résilience, Zéro Artificialisation Nette) obligent les collectivités à justifier chaque mètre carré ouvert à l’urbanisation.

Relocalisation : rapatrier, réhabiliter, redynamiser

  • Réutiliser l’existant : Face à la vacance de certains bâtiments industriels ou commerciaux, la relocalisation consiste à exploiter, rénover et remettre sur le marché des locaux délaissés. Exemple à Mennecy, où une ancienne imprimerie accueille désormais des start-up spécialisées dans le numérique et la logistique urbaine.
  • Soutenir l’économie de proximité : Relocaliser, c’est aussi favoriser le circuit court, en privilégiant les PME, artisans ou associations ancrés dans le tissu local. Selon une étude Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI Essonne, 2023), 60% des achats de collectivités peuvent passer par des entreprises installées dans le département.
  • Accompagner des filières stratégiques : La crise sanitaire a mis en lumière l’intérêt de relocaliser certaines activités, notamment pour la logistique urbaine, l’agroalimentaire ou le recyclage. Plusieurs projets de relocalisation industrielle dans le sud francilien ont été soutenus par France Relance, avec une enveloppe régionale de plus de 30 millions d’euros (préfecture d'Île-de-France, 2021).

Encadré pédagogique : C’est quoi une zone d’activités économiques ?

On parle de zone d’activités économiques (ZAE) pour désigner des espaces aménagés qui accueillent entreprises, artisans, commerces, ou plateformes logistiques. Elles sont gérées par les communes ou intercommunalités, qui assurent viabilisation (voirie, réseaux) et règlementation (types d’entreprises autorisées, horaires, etc.). Dans le Val d’Essonne, on compte aujourd’hui plus de 25 ZAE, allant de la petite zone artisanale au grand parc d’activités intercommunal.

Qui finance, qui porte l’extension ou la relocalisation ?

Développer de nouveaux espaces économiques, c’est mobiliser plusieurs acteurs et sources de financement :

  • Collectivités locales (commune, CCVE) : investissement dans l’aménagement, acquisition de foncier, aide à la viabilisation.
  • Région Île-de-France : subventions pour la requalification, soutien à la relocalisation industrielle via le plan « Île-de-France Relance ».
  • Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : accompagnement des projets de redéploiement et reconversion de friches.
  • Fonds européens (FEDER, FEADER) : financement de projets innovants ou durables.
  • Investisseurs privés et promoteurs : dans le cas de programmes mixtes (bureaux-commerce-habitat, tiers-lieux économiques).

À Ballancourt, l’extension de Montvrain 2 est portée conjointement par la commune, la CCVE, des bailleurs privés et le soutien de la Banque des Territoires : le coût global du projet s’élève à 12 millions d’euros, avec un mix de subventions publiques et d’investissements privés (source : Terenvi consultants, 2024).

À Mennecy, la requalification de la Pointe Saint-James a bénéficié du Fonds Friches, doté de plus de 250 000 € par l’État, permettant de dépolluer le site puis d’y installer un espace de coworking et des locaux pour jeunes pousses.

Retombées concrètes : emploi local, fiscalité, lien social

Qu’il s’agisse d’extension ou de relocalisation, les impacts vont bien au-delà des seules implantations d’entreprises. Quelques chiffres :

  • Un site industriel relocalisé crée en moyenne 2,5 fois plus d’emplois directs pour 1 000 m² bâtis qu’une plateforme logistique pure (source : Étude “Relocalisation et économie locale”, Les Échos, 2022).
  • Un euro investi dans la réhabilitation d’une zone d’activités génère entre 3 et 5 euros de retombées fiscales annuelles (taxe foncière, cotisation foncière entreprises) pour la collectivité (Observatoire national des aménageurs, 2023).
  • Les tiers-lieux économiques créés dans des friches requalifiées voient leur taux d’occupation dépasser 80 % au bout de 18 mois (source : France Tiers-Lieux, 2023).

Plus qu’une simple affaire de “surface”, ces politiques dessinent un territoire où l’établissement de nouvelles entreprises doit rimer avec maintien de l’emploi sur place, accessibilité (transports, stationnements), et préservation du cadre de vie.

Des défis à relever : équilibre foncier, réindustrialisation, acceptabilité sociale

Le Val d’Essonne n’est pas épargné par les tensions autour du foncier et les débats sur l’artificialisation des terres. Un chiffre marquant : seulement 9 % du territoire intercommunal reste mobilisable pour des projets économiques d’ampleur, selon le SCOT Sud Essonne (schéma de cohérence territoriale, 2023). Cela oblige à repenser la gestion du foncier existant, la densification et la mixité des usages (industrie, commerces, services, logement).

  • Anticiper les besoins futurs : L’arrivée du RER D amélioré (doublement des voies vers Corbeil d’ici 2030) doit permettre une mobilisation de nouvelles filières, notamment autour de la logistique bas carbone et du numérique.
  • Faire accepter le changement : Tout projet d’extension ou de relocalisation fait l’objet de concertation (réunions publiques, ateliers citoyens), surtout s’il modifie le paysage ou le quotidien (trafic, bruit…).
  • Garantir l’attractivité durable : Les nouveaux projets s’engagent à intégrer “zéro artificialisation nette” ou des clauses d’emploi local dans leurs conventions avec la CCVE ou les communes.

Certains exemples inspirants montrent que cela fonctionne : la requalification progressive de la zone des Prés-Saint-Jean à Itteville a permis l’installation de trois entreprises agroalimentaires tout en préservant 4 hectares en zone naturelle, grâce à un aménagement paysager financé en partie par le Département (source : Département de l’Essonne, rapport « Économie et foncier 2023 »).

Encadré pédagogique : Relocalisation, de quoi parle-t-on ?

On parle de relocalisation lorsqu’une entreprise ou une activité quitte une implantation (souvent éloignée ou à l’étranger) pour revenir sur un territoire national ou local. Il peut s’agir d’un rapatriement d’usine (industrie), d’un déménagement d’un entrepôt (logistique), ou d’un projet d’ouverture de service auparavant basé hors du département. Depuis la pandémie de COVID-19, l’État et la Région Île-de-France ont multiplié les appels à projets pour encourager ces choix, en privilégiant les filières à fort ancrage local (santé, agroalimentaire, recyclage…).

Extension ou relocalisation : une logique de complémentarité

Le Val d’Essonne avance entre deux approches qui ne doivent pas s’opposer, mais se compléter : l’extension permet d’accueillir la croissance et de diversifier l’offre, la relocalisation permet de maximiser l’existant, de réduire les friches et de garder la valeur ajoutée sur le territoire.

Pour les acteurs publics comme privés, le véritable défi consiste à choisir les bons projets, coordonner les investissements, et garantir que chaque hectare ou chaque bâtiment “rénové ou nouveau” serve à renforcer l’économie locale, tout en préservant ce qui fait l’identité du Val d’Essonne.

Des outils existent, des financements aussi : reste à ce que ces dynamiques bénéficient à l’ensemble du tissu local, apportant stabilité, attractivité et innovation, partout où c’est possible.

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